Feeds:
Articles
Commentaires

Posts Tagged ‘Biodiversité’

Un article de Niels de Fraguier CEO de la Positive Impact Community dans la Tribune du 22/11/2021 ICI

Pourquoi chercher à limiter son impact négatif sur l’environnement quand on pourrait en avoir un positif. C’est tout l’objectif du business régénératif qui est le seul type d’entreprise qui pourrait permettre de relever les défis de notre époque.

Tout le monde se veut durable et responsable. Quand certains s’engagent à réduire leurs externalités négatives, d’autres se targuent de ne pas être les plus mauvais élèves. La durabilité est devenue un outil de propagande déresponsabilisant les individus de leur empreinte néfaste sur la société.

Les faits sont là et nul ne saurait l’ignorer. La durabilité telle qu’elle existe aujourd’hui ne nous permettra pas de résoudre les enjeux auxquels nous faisons face. Le coeur du problème reste identique : un modèle économique basé sur la croissance infinie, l’extraction des ressources et l’exploitation des individus.

Le manque d’ambition politique et la normalisation du statu quo des entreprises nous mènent droit à la catastrophe. Nous avons besoin d’entrepreneurs au service de notre humanité.

L’échec flagrant des politiques de RSE et durabilité

La lenteur des politiques publiques et le manque d’ambition sont en grande partie responsables de cette situation. Le résultat des politiques de RSE montre un flagrant manque de sincérité et d’engagement.

Les grands groupes du CAC 40 se jouent du système distribuant une mineure partie de leurs bénéfices dans le recrutement d’équipes RSE sans pour autant stopper leurs activités nocives. Les approches sont court-termistes et dénuées de compréhension globale des enjeux de notre société.

Une majorité d’entreprises utilisent la RSE comme une couverture permettant d’ignorer les vrais enjeux de la transition nécessaire. Le manque de transparence et de responsabilité est flagrant. Consternant. Le double langage des entreprises confond le grand public et sape l’énergie nécessaire afin de soutenir les nombreux acteurs réellement engagés.

Le modèle régénératif en ligne de mire

Quand la durabilité vise à réduire les externalités négatives de façon cloisonnée, l’approche régénérative porte quant à elle l’ambition de redonner plus à la société que ce qu’on ne lui prend.

La planète ne peut plus être considérée comme une ressource mais comme un être vivant conscient. Cette distinction est essentielle dans un monde qui consomme 1,75 fois sa capacité à se régénérer chaque année (source : Dépassement de la Terre – Overshoot 2021).

Le grand défi de notre temps est désormais de restaurer la santé de notre planète, régénérer ses écosystèmes et favoriser l’équité. Cela exige que nous ne prenions que ce dont nous avons réellement besoin et restaurions les zones sur lesquelles nous avons un impact. C’est la seule et unique solution qui s’offre à nous.

L’entreprise Régénérative

Les business régénératifs ont une approche systémique des enjeux de notre société avec une vision globale de leur impact. Ils sont au service des individus et de la planète. Tout en s’adaptant en adéquation avec les rythmes et les flux de la nature favorisant un retour à l’ordre naturel beaucoup plus sain qui replace l’humain au centre du débat.

Les entreprises de ce mouvement visent à résoudre un défi social et environnemental afin de laisser un héritage positif pour les générations futures. Elles se basent sur quatre éléments fondamentaux : la planète, les individus, les lieux, et les partenaires.

Les entreprises régénératives ont une relation directe avec la nature. Elles existent en harmonie avec le vivant et comprennent leur rôle intégré aux écosystèmes, offrant plus qu’elles ne prennent à l’environnement. Elles se voient comme un organisme vivant.

Elles sont inclusives afin de permettre l’émancipation et le bien-être de tous, la diversité, et l’horizontalité. Elles permettent l’autonomisation et la participation inclusive des communautés. Elles donnent une attention particulière aux lieux favorisant la mise en place de solutions répondant aux besoins locaux.

Elles favorisent la collaboration entre les individus et organisations afin que chacun puisse apporter son unique contribution. Elles facilitent les interactions entre secteurs avec pour objectif la co-création de solutions issues de concertations groupées.

L’exemple de Aduna

Les entreprises régénératives suivent le modèle du « Positive Compass » – un outil holistique et dynamique représentant les enjeux du monde que nous devons co-créer. Cet outil permet de guider les entreprises et de soutenir une économie au service de la vie sur terre respectant les limites planétaires. Ce modèle inclusif permet à chacun d’avoir un impact positif.

Un exemple ? L’entreprise Aduna, dont le modèle est régénératif, a pour mission de créer des revenus durables pour les ménages ruraux africains tout en garantissant l’alimentation saine de la population. Aduna permet le développement économique de communautés au Ghana et Burkina Faso, avec plus de 1.800 productrices.

Le revenu des ménages s’est décuplé, favorisant une meilleure éducation, une meilleure alimentation et des soins de santé pour leurs 11.000 personnes à charge. Aduna soutient l’initiative de la Grande muraille verte d’Afrique ( « Great Green Wall »), régénérant les sols appauvris du Sahel, tout en favorisant la biodiversité. Conformément à cet objectif de régénération, elle cultive 12.000 nouveaux baobabs dans toute la région.

NOUS avons TOUS un rôle à jouer

Après des siècles consacrés à une croissance économique exponentielle, nous avons désespérément besoin d’une économie de restaurateurs et de régénérateurs.

Les entrepreneurs entrent maintenant dans une nouvelle ère où la transparence, la responsabilité et la prise en compte systémique de leur impact deviennent la nouvelle norme.

Entrepreneurs, il est temps de repenser nos approches. L’ère de la durabilité est derrière nous. Il nous faut maintenant engager une réelle transformation fondée sur l’humain et la nature. Ensemble, nous pouvons construire un futur à la hauteur de notre ambition.

Read Full Post »

Article de Celia IZOARD – REPORTERRE du 16/11/2021 – ICI

Déchets dans les eaux, dégâts en Europe, pollution… Dans un rapport impressionnant qui paraît ce mardi, l’association SystExt démontre que les « mines durables » sont un mensonge et que les techniques minières sont « de plus en plus prédatrices et dangereuses ». Aurore Stephant, ingénieure géologue minier, l’explique à Reporterre.

Reporterre — Dans le rapport « Controverses minières », quelles « contre-vérités » sur les mines révélez-vous ?

Aurore Stephant — Lors du dernier congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui a réuni des États et des agences gouvernementales du monde entier, nos équipes ont constaté une chose étonnante : certains représentants des gouvernements croyaient qu’aucun site minier ne rejetait aujourd’hui ses déchets directement dans les fleuves ou la mer.

Ils pensaient cette pratique révolue ou interdite.

Pour eux, les résidus miniers sont systématiquement stockés dans des barrages, des digues — qui posent elles-mêmes de gros problèmes, mais passons.

Or, non seulement cette pratique aux conséquences dramatiques existe bel et bien, mais elle est répandue et tout à fait légale ! Des dizaines d’opérateurs jugent plus simple de bazarder chaque année en pleine nature des millions de tonnes de boues acides et/ou fortement concentrées en métaux toxiques. 

Sur le site de Grasberg, en Indonésie (première mine d’or et troisième mine de cuivre au monde, en volumes produits), l’entreprise Freeport déverse chaque année 87,6 millions de tonnes de résidus chargés en plomb et en arsenic dans le fleuve Ajkwa.

Nous nous attaquons à d’autres idées reçues : la croyance que les impacts de l’industrie minière seraient bien plus importants dans les pays en voie de développement que dans les pays développés.

On pense que si les mines polluent et sacrifient des vies humaines, c’est parce qu’elles se situent dans des pays où la réglementation est peu exigeante. C’est faux.

D’une part, l’exploitation minière demeure le secteur d’emploi le plus dangereux si l’on tient compte du nombre de personnes exposées au risque, y compris aux États-Unis et en Europe.

D’autre part, les méthodes d’extraction et de traitement sont les mêmes partout. Que l’on soit aux États-Unis, au Pérou ou en République démocratique du Congo (RDC), pour extraire 10 kg de cuivre, il faudra broyer et réduire en poudre 1 tonne de roche, puis la traiter aux xanthates (hydrocarbures).

En quelques années, vous aurez obtenu un lac de résidus toxiques qui resteront dangereux entre 5 000 à 10 000 ans et qu’il faudra confiner tant bien que mal. Vous aurez nécessairement des fonderies, qui dégageront du dioxyde de soufre, et donc amplifieront les pluies acides et la pollution de l’air.

Pourquoi vous a-t-il paru urgent « d’en finir avec certaines contre-vérités sur les mines et les filières minérales » ?

Nous constatons avec nos équipes que le niveau général de connaissance sur le fonctionnement réel des mines et des industries métallurgiques est très faible, à la fois dans le grand public, mais aussi chez les responsables politiques et institutionnels. C’est déjà très préoccupant, étant donné que toutes les marchandises qui nous entourent contiennent des métaux, depuis les pigments présents sur les emballages, le dioxyde de titane dans les dentifrices, jusqu’à la soixantaine de métaux différents dans un smartphone.

C’est d’autant plus grave que l’accélération de la numérisation, l’industrialisation des pays du Sud et la transition énergétique telle qu’elle est promue aujourd’hui (par exemple les véhicules électriques) risquent d’induire une multiplication par au moins trois de la production de métaux dans le monde ces prochaines décennies.

Cela signifie produire dans les seules trente-cinq prochaines années plus de métaux qu’il n’en a été extrait dans toute l’histoire de l’humanité. Impensable !

Sur cette industrie qui risque d’être l’un des enjeux majeurs — et des problèmes majeurs — du XXIe siècle, tout se passe comme si nous étions directement passés de la non-information à la désinformation.

Jusqu’à la fin des années 2000, les mines n’existaient quasiment pas dans l’espace public. Maintenant que l’on commence à s’y intéresser, les filières minérales sont recouvertes de discours-écrans qui en masquent le fonctionnement et les impacts réels.

Une foule d’éléments de langage à connotation positive sont apparus dans les rapports pour justifier l’accroissement de ce secteur : « mine durable »« meilleures pratiques »« techniques révolutionnaires », etc. Nous voulions faire comprendre ce qu’elles recouvrent.

Par exemple, quand on passe en revue les « techniques révolutionnaires » vantées par les opérateurs, on constate que les pratiques récentes sont encore plus destructrices et moins maîtrisées que les précédentes.

Ainsi, le « foudroyage par blocs », qui consiste à dynamiter massivement le sous-sol, provoque des séismes et des effondrements incontrôlables.

La « lixiviation en tas », elle, vise à se débarrasser tout bonnement de l’usine de traitement du site minier en traitant chimiquement la roche en plein air, à grande échelle. On déverse directement des millions de litres d’agent extractif sur la montagne de roches broyées dont on veut extraire les minéraux.

Cela revient à asperger une colline de 200 mètres de haut de cyanure ou d’acide sulfurique.

Ces « techniques révolutionnaires » servent à exploiter des gisements à très faible teneur avec des coûts très bas.

Pourquoi faites-vous très peu de recommandations dans ce rapport pour améliorer cet état des lieux ?

Il nous aurait fallu des milliers de pages pour formuler des propositions précises : le champ est immense, les filières minérales sont diverses et chacune se caractérise par des dizaines d’étapes de production, du forage au raffinage des métaux.

Nous nous limitons à deux recommandations urgentes. L’une est, évidemment, l’interdiction du déversement volontaire de déchets miniers dans les milieux aquatiques. L’autre est l’interdiction de toute exploration ou exploitation minière des grands fonds marins.

Le 12 octobre dernier, Emmanuel Macron s’est prononcé en faveur de leur exploration, qualifiée de « levier extraordinaire de compréhension du vivant, peut-être d’accès à certains métaux rares ».

Des centaines de rapports scientifiques montrent déjà qu’il est impossible de mener ne serait-ce que de l’exploration à 2 ou 3 kilomètres de profondeur sans causer de dommages graves et irréversibles : intoxication des planctons et des espèces marines par la mise en solution des métaux présents, perturbation lumineuse et sonore, etc.

Ici, la « compréhension du vivant » est incompatible avec l’activité minière : nous détruirions ces milieux avant même de les connaître.

C’est pourquoi nous argumentons en faveur d’une interdiction pure et simple, et non pour un moratoire qui laisserait cette possibilité ouverte. Nous avons de bonnes raisons de craindre que l’explosion de la demande en métaux dans les années à venir ne laisse pas indemnes les ultimes barrières morales que nos sociétés tentent de se fixer.

Enfin, au-delà de l’amélioration des pratiques, il faut bien voir qu’en l’état, l’industrie minérale ne peut qu’augmenter ses impacts : en exploitant des gisements dont la concentration minérale est de plus en plus faible, nous utilisons de plus en plus d’énergie et générons des volumes de déchets toxiques de plus en plus ingérables, quelles que soient les techniques utilisées.

La seule issue ne peut être que de limiter les volumes extraits.

Des politiques de recyclage ambitieuses pourraient-elles réduire ces problèmes ?

Oui, c’est incontournable. Les métaux recyclés seraient largement compétitifs par rapport aux métaux issus de l’extraction si les opérateurs miniers payaient le coût social et environnemental de leur activité, qui est exorbitant.

Mais le recyclage est quasiment impossible quand les métaux sont utilisés de manière dispersive, comme dans l’électronique.

Et il ne suffirait pas à satisfaire la demande, qui est exponentielle. Il faut donc changer notre rapport aux matières premières minérales, et cela doit passer par une transformation radicale du mode de vie des pays dits « développés ».

Read Full Post »

Older Posts »