Feeds:
Articles
Commentaires

Dirigeants Harvard

Les dirigeants qui se distinguent favorablement selon quatre principes moraux affichent de meilleurs résultats financiers que les autres.

La Harvard Business Review de décembre 2015 nous livre dans cet article un éclairage sur le rapport de l’éthique des affaires et la performance économique de l’entreprise…extrait :

Lorsque nous entendons parler de dirigeants sans éthique et dont les carrières et les entreprises volent en éclats, nous ne sommes malheureusement guère surpris. L’arrogance et l’avidité affligent les êtres au point qu’ils finissent par perdre la puissance et la richesse qu’ils ont convoitées avec tant d’ardeur. Mais le contraire est-il également vrai ? Les dirigeants scrupuleux et leurs entreprises se distinguent-ils par des résultats particulièrement bons ?

D’après une étude récente de KRW International, un cabinet de conseil en leadership basé à Minneapolis, aux Etats-Unis, la réponse est oui.

Les chercheurs ont constaté que les dirigeants dont la personnalité avait été bien notée par les employés, obtenaient une rentabilité des actifs moyenne de 9,35 % sur deux ans, c’est-à-dire près de cinq fois celle obtenue par les dirigeants mal notés, qui parviennent à peine à 1,93 %.

Quatre principes moraux universels

La personnalité a une dimension subjective qui a priori se prête mal à la quantification. Pour la mesurer, Fred Kiel, cofondateur de KRW, et ses collègues, ont commencé par passer en revue l’inventaire classique proposé par l’anthropologue Donald Brown, qui a recensé environ cinq cents comportements et caractéristiques reconnus, présents dans toutes les sociétés humaines.

En s’appuyant sur cette liste, l’équipe de travail a identifié quatre principes moraux universels : l’intégrité, la responsabilité, la clémence et la compassion.

Elle a ensuite adressé des sondages aux employés de 84 entreprises et organismes à but non lucratif aux Etats-Unis, en les interrogeant, entre autres choses et de façon anonyme, sur la façon dont leurs dirigeants et leurs équipes incarnaient ces quatre principes. L’équipe s’est également entretenue avec une grande partie de ces cadres et a analysé les résultats financiers des entreprises. En l’absence de résultats financiers, les scores des dirigeants n’ont pas été pris en compte.

Les « vertueux » défendent toujours ce qui est juste

A une extrémité du spectre, on trouve dix dirigeants que Kiel surnomme les « vertueux » : leurs employés leur ont attribué, ainsi qu’à leur équipe de direction, une bonne note dans chacun des quatre principes.

Selon eux, ces dirigeants font souvent preuve d’une forte personnalité, en défendant, par exemple, ce qui est juste, en se montrant soucieux de l’intérêt commun, en ne se focalisant par sur les erreurs (les leurs comme celles des autres), et en manifestant de l’empathie.

Les « égocentriques » déforment la vérité

A l’autre extrémité du spectre, les dix mauvais élèves, que Kiel surnomme les «égocentriques », sont souvent dépeints comme des personnes qui déforment la vérité pour servir leur intérêt personnel et qui se soucient principalement d’eux-mêmes et de leur propre sécurité financière, indépendamment des conséquences pour autrui. Ce groupe compte, entre autres, le directeur général d’un fabricant de haute technologie coté en Bourse, le directeur d’une ONG mondiale et un entrepreneur qui dirige une société de services (l’anonymat de chaque participant à l’étude a été garanti dès le départ, seul un tiers d’entre eux ont accepté, ultérieurement, de voir leur nom diffusé). Selon les employés, les dirigeants égocentriques ont dit la vérité « à peine plus de la moitié du temps », ils sont réputés pour ne pas tenir leurs promesses, ils rejettent souvent la faute sur autrui, ont fréquemment sanctionné des personnes pourtant bien intentionnées pour avoir commis des erreurs et sont particulièrement peu attentifs aux autres.

Les moins biens notés sont souvent dans le déni

Les dirigeants devant travailler sur leur personnalité en sont-ils conscients ?

Dans la plupart des cas, non. Ils ont tendance à se faire des idées.

Quand il leur a été demandé de s’évaluer sur la base des quatre principes moraux (l’intégrité, la responsabilité, la clémence et la compassion), les égocentriques se sont attribué des notes bien plus élevées que celles données par leurs employés (alors que les dirigeants bien notés se sont, eux, accordé des scores légèrement inférieurs à ceux qui leur avaient été attribués, signe de leur humilité et autre preuve de leur forte personnalité).

Heureusement, fait remarquer Fred Kiel, les dirigeants peuvent prendre davantage conscience de leurs faiblesses en sollicitant des feed-back de leurs proches et de leurs collaborateurs. Cependant, il est nécessaire qu’ils soient réceptifs à ces retours. Or, ceux qui ont les plus grandes lacunes sont souvent aussi ceux qui sont le plus dans le déni.

Comment ces dirigeants peuvent-ils ne plus être dans le déni et surmonter leurs défauts ? Faire appel à des mentors de confiance et à des conseillers peut être d’une grande aide, d’après Fred Kiel.

Il est possible de faire évoluer sa personnalité

Comme le porte à croire l’expérience de Fred Kiel (et de ses clients), la personnalité n’est pas seulement quelque chose d’inné. Il vous est possible de la cultiver et de la perfectionner tout en dirigeant, en agissant et en décidant. Vos collaborateurs tireront profit de l’orientation que vous saurez donner. Et il est désormais prouvé qu’il en ira de même pour votre entreprise.

 

Retrouver l’intégralité de l’article

Harvard logo

 

PhilanthropieAncrée de longue date Outre-Atlantique, la philanthropie est en plein essor en France depuis une quinzaine d’années.

Qui sont les philanthropes français ? Quelles sont leurs valeurs, leurs motivations ? Comment et pourquoi devient-on philanthrope aujourd’hui ?

La photo de famille n’est pas exactement conforme aux clichés traditionnels sur la philanthropie… Décryptage avec Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire de la Fondation de France.

Une philanthropie française sans visage

La Fondation de France est en première ligne du développement de la philanthropie en France :  elle héberge 2/3 des fondations françaises et en a créé à nouveau près de 50 en 2015. Pour mieux cerner la réalité de ce phénomène, la Fondation de France a réalisé un sondage auprès des Français sur leur perception de la philanthropie, et mené des analyses quantitative et qualitative sur les profils des philanthropes.

Pour des raisons tant politiques que culturelles et juridiques, la France n’est pas une terre historiquement propice au développement de la philanthropie privée. Elle s’est malgré tout déployée, dans une tradition de grande discrétion.
Ainsi, si les Français ont une bonne opinion des philanthropes (73% selon un sondage commandé par la Fondation de France* ) c’est sans aucun doute en écho aux milliardaires très médiatisés tels Bill Gates et Warren Buffet, ou encore Mark Zuckerberg. Car, tout en appelant de leurs vœux le développement de la philanthropie en France (80%), les Français interrogés sont bien en peine de citer un seul nom de philanthrope sur notre territoire.

Toutefois, depuis la fin des années 1990, la philanthropie est en France une valeur en hausse. La création de fondations par des personnes physiques est en très nette accélération : près de la moitié des fondations qui existent aujourd’hui ont vu le jour depuis 2000.

Nombre et profil des philanthropes

Le nombre total de personnes vivantes aujourd’hui en France à l’initiative de fonds ou de fondations est estimé à près de 800. On notera qu’une fondation peut être créée par plusieurs membres d’une même famille apportant chacun des financements, ou par un regroupement de particuliers sans liens de parenté mais désireux de construire un projet commun. Les particuliers choisissent très majoritairement le modèle de la fondation distributive, qui finance des projets par le biais de subventions, bourses et prix. En 2013, le total de la redistribution annuelle des fondations selon ce modèle était estimé à 1,5 milliard d’euros , toutes causes confondues.

Quelques chiffres permettent de brosser le portrait-robot du philanthrope français :

  • L’âge moyen lors de la création de sa fondation est de 61 ans (cette moyenne baisse pour les philanthropes les plus récents) ;
  • Parmi les fondateurs particuliers, 52% sont des hommes, 32% des femmes et 11% des couples ;
  • 87% des fondateurs sont en activité, et 83% travaillent dans le secteur privé ;
  • Parmi les catégories socio-professionnelles les plus représentées, on trouve les cadres supérieurs (24%), le clergé (14%), les artistes (13%) et les professions libérales (10%) ;
  • 66% ont constitué leur fortune de leur vivant ;
  • 64% ont des héritiers.

Les « héritiers de la philanthropie »

C’est le modèle de philanthropes le plus ancien. Minoritaires mais très caractérisés, les héritiers (jeunes ou moins jeunes) des dynasties philanthropiques ont reçu le don en héritage, avec le patrimoine familial. Les membres de ce petit groupe ont toutes les caractéristiques de la très haute bourgeoisie, solidement associées à des valeurs de partage et d’engagement citoyen.

La philanthropie leur a été transmise par leurs parents ou grand parents, comme un héritage à honorer, respecter et transmettre à leur tour. La tâche n’est pas aisée, car ces « héritiers de la philanthropie » prennent le relais de personnalités emblématiques, dont le charisme compte parmi les mythes fondateurs des dynasties elles-mêmes. S’approprier les causes familiales, les renouveler et les adapter aux problématiques du temps est leur défi personnel.

Leur devise : « Donner est un devoir »
Leur référence : leur père, leur grand-père

Les « enfants de la République »

Sensibilisés à la philanthropie durant la fin des Trente Glorieuse, les enfants de la République sont profondément marqués dans leur vie par l’esprit de solidarité républicaine, qui a joué pour eux un rôle de tuteur.

Un certain nombre d’épreuves personnelles sont à l’origine de leur philanthropie : émigration, perte d’un père très jeune, perte d’un enfant, absence d’enfants, enfance très modeste… Conscients de l’enjeu de la répartition obligatoire des richesses, porteurs d’un sens profond du collectif, ils ont toutefois une vision dégrisée de l’efficacité de l’action publique.

Leur devise : « Un même monde pour tous »
Leurs références : Pierre Mendès-France ; les bénévoles anonymes engagés sur le terrain

Les « entrepreneurs solidaires »

Apparus à la fin des années 80, les « entrepreneurs solidaires » sont des hommes d’affaires à succès, qui ont construit leur fortune par eux-mêmes, et désireux d’investir dans le partage de nouveaux champs d’entrepreneuriat producteurs de sens. L’initiative, la prise de risque, l’envie d’innover sont leurs valeurs, et qui caractérisent le parcours professionnel de ces sexagénaires.

Généralement imprégnés d’idéaux libéraux, ces « entrepreneurs solidaires » tirent leur fibre philanthropique de leur personnalité : empathie manifestée dès l’enfance, sensibilité instinctive à l’environnement, ou de chocs biographiques forts.

L’espace philanthropique est pour eux un espace d’innovation, de liberté, d’expérimentation et essentiellement de rencontres humaines. Ces philanthropes intègrent leurs méthodologies d’entrepreneurs au fonctionnement de leur fondation, et à l’aide qu’ils apportent aux projets soutenus.

Leur devise : « Investir pour un monde meilleur »
Leurs références : Louis Pasteur, Warren Buffet, Bill Gates.

Les « militants de terrain »

Enfin, et depuis les années 1990, de jeunes générations aux parcours internationaux, proches du monde associatif et pour qui la philanthropie est un geste naturel, sont le nouveau visage de la philanthropie : les « militants de terrain », qui constituent un groupe très homogène par l’âge, et rassemblent presque tous les plus jeunes philanthropes rencontrés : 32 ans, 35 ans, 48 ans, 45 ans…

D’origines sociales diverses, ils partagent une proximité de longue date avec le monde caritatif, grâce aux opportunités de sensibilisation auxquelles a été exposée leur génération : année ou cours de spécialisation, stages, mission solidaire junior-entreprise, etc. Ces jeunes philanthropes ont eu une expérience professionnelle dans l’univers de la solidarité internationale ou nationale. Sur le terrain, ils ont contribué à l’organisation de missions coopératives ou humanitaires.

Dans leur cas, l’engagement précède la philanthropie. C’est l’accession à la fortune (par héritage ou non) qui va occasionner leur entrée dans le monde de la philanthropie. L’action de ces « militants de terrain » passe volontiers par la recherche de nouveaux modèles et éventuellement la construction de nouveaux systèmes philanthropiques.

Leur devise : « Changer le monde »
Leurs références : Bernard Kouchner ; Pierre Rabhi

Donner pour créer du sens

Mus par des convictions personnelles fortes, les philanthropes d’aujourd’hui préfèrent partager leur fortune avec la société plutôt que de la léguer intégralement à leurs enfants. Ce choix se fait en échange d’une « contrepartie » essentielle : celle de l’efficacité de leurs actions. Les philanthropes n’agissent pas dans un souci financier de retour sur investissement, mais dans une quête de sens :«A quoi aurai-je contribué ?», «A quoi sert l’argent dans le monde ?», telles sont leurs questions cardinales.

Les philanthropes investissent donc leur temps, leurs compétences, leur éthique, leurs réseaux, leur capacité d’innovation pour tenter de répondre à ces questions. Beaucoup se détournent des grands organismes humanitaires pour se rendre eux-mêmes le terrain, mettre en place de petits projets, et y rencontrer leurs bénéficiaires – quitte à inventer de nouveaux modèles philanthropiques.

 

Retrouver l’article intégral

Neuflize OBC

Article rédigé par Laurence de Nervaux, responsable de l’Observatoire de la Fondation de France.