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Archive for the ‘Témoignages’ Category

La RSE participe d’un mouvement très vaste qui, pour le résumer en une phrase, affirme qu’il faut que l’Homme cesse de croire qu’il est « hors-sol », qu’il vit au-dessus de la réalité naturelle, qu’il n’en fait pas partie intégrante, qu’il n’a de compte à rendre à rien ni personne, et qu’il est « la mesure de toute chose » comme le proclama Protagoras d’Abdère et, après lui, toute la Modernité depuis René Descartes.

Un article de Marc HALEVY Philosophe et physicien

Deux affirmations s’opposent avec véhémence : celle de la Bible hébraïque qui dit que l’Homme est mis dans le Jardin « pour le servir et le protéger » et celle de Descartes qui affirme que l’Homme a droit et devoir de « maîtriser et posséder » la Nature.

Deux visions diamétralement opposées se collettent dans ces assertions : celle de l’Homme dans la Nature et celle de l’Homme au-dessus et contre la Nature.

Cette deuxième vision a pu faire illusion pendant ces siècles passés où les hommes étaient bien peu nombreux sur Terre (cent millions en l’an 0 et un milliard en l’an 1800). Tous les pillages et saccages de l’Homme étaient bénins et notre Gaïa avait encore suffisamment de forces et de réserves pour réparer les dégâts humains. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. En moins de deux siècles, les activités économiques humaines ont consommé 80 % du total des ressources non renouvelables que notre planète avait patiemment accumulées durant des milliards d’années.

L’Homme n’est plus la mesure de toute chose ! Il ne peut plus se croire au-dessus des réalités naturelles ! Malgré les illusions qu’alimente la vie urbaine déconnectée de la grande et vraie Vie, l’Homme doit comprendre qu’il ne vit pas « hors-sol ».

La RSE tend à renouer les liens qui doivent unir l’entreprise à son environnement social et naturel. L’entreprise non plus, ne fonctionne par « hors-sol ». Elle est constamment traversée de flux que lui fournissent la communauté humaine et le milieu naturel.

Pour comprendre les linéaments de ce changement de paradigme, l’expression RSE offre trois mots-concepts : Responsabilité, Sociétale et Environnementale

Responsabilité

Philosophiquement, l’idée de responsabilité est indissociable de celle de liberté. Qui n’est pas libre, ne peut être responsable. On ne peut être responsable que de ce que l’on choisit et décide de faire ou de ne pas faire.

Si c’est la loi étatique qui impose, directement ou indirectement, des obligations sociétales et environnementales, on ne peut plus parler de responsabilité des entreprises.

Le soupçon murmurant que les patrons doivent être contraints par l’État pour faire ce qui est bien, est proprement insupportable. Je connais bien plus de politiciens véreux et cyniques que de patrons salauds ou voyous.

Sociétale

Toute entreprise est une personne morale aux yeux du Droit. Une personne, donc, comme les autres, comme vous et moi. Un organisme vivant inscrit dans un tissu serré des relations avec la société civile. Une de ces relations est, bien sûr, la relation d’emploi : relation qui peut être respectueuse ou méprisante, épanouissante ou aliénante, joyeuse ou maussade… Le vent managérial souffle aujourd’hui vers une relation d’emploi fondée sur la collaboration, sur la responsabilisation, sur l’autonomie (qui n’est pas indépendance mais interdépendance). Au-delà de la relation d’emploi, il y a aussi toutes les autres relations de voisinage avec leurs synergies à développer et leurs nuisances à atténuer.

Environnementale

Toute entreprise est aussi un organisme vivant inscrit dans la trame de la Vie sur Terre, par les ressources qu’elle consomme, par les déchets qu’elle rejette. Il faut rappeler que toute activité économique est soumise à la loi d’airain du second principe de la thermodynamique qui dit que tout rendement est toujours inférieur à un. C’est-à-dire que pour produire quelque chose, on détruit plus que l’on ne produit. Les ressources devenant rares et notre mère Gaïa étant bien mal en point, il est essentiel de replacer la relation avec la Nature au sommet de nos priorités au travers du principe de Frugalité.

Vers une conclusion

Le problème n’est plus de promulguer lois, décrets et réglementations. Toute loi est contournable par les voyous. Le problème est de construire une prise de conscience. Le choix est : rendre la vie viable et vivable – ou pas – pour nos petits-enfants et leurs enfants

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Et si chacun d’entre nous était constamment noté pour toutes les actions et interactions réalisées au quotidien ? Et si, demain, ce système de notation générait une nouvelle hiérarchie sociale ?

Simple dystopie ? Pour en savoir plus sur une possible « ère de la notation », interview de Laurence Allard, sociologue des usages numériques.

La notation est au cœur d’un épisode de la série Black Mirror, sur lequel vous avez débattu à l’occasion d’un colloque. Pouvez-vous nous résumer en quelques mots le « pitch » de cet épisode ?

Laurence Allard : L’épisode dépeint une société dans laquelle les individus, leurs relations sociales et leurs comportements sont constamment évalués par les autres. La stratification sociale et socio-économique que connaissent nos sociétés se trouve déclinée ici sous une nouvelle variante qui est l’évaluation interpersonnelle.

La généralisation fictionnée de l’évaluation personnelle construit à une échelle de plus dans la hiérarchie sociale. En fonction de sa note personnelle, on a accès (ou pas) à certains types de logements, de transports, etc. Cette notation permanente entraîne un monde consensuel, aussi lisse que la surface des écrans sur lesquels les individus sont notés.

Si ce scénario est une « métaphore de la réalité », pouvons-nous dire, alors, que nous sommes dans une « ère de la notation » ?

L.A:Effectivement… De manière schématique, on pourrait dire que cette « ère de la notation » s’inscrit dans un historique de la recommandation. La première étape date d’une dizaine d’années, avec l’apparition de marketplaces comme Amazon ou Ebay. L’idée était alors d’évaluer des services et des prestations pour les recommander à d’autres consommateurs.

Il y a environ 5 ans, des applications comme Tripadvisor ou La Fourchette vont elles aussi faire apparaître des notations par le biais d’une moyenne, agrégation des notations individuelles. Mais il ne s’agit pas encore de noter des individus ou des comportements.

Il s’agit de la 3ème étape, que nous vivons actuellement, avec des applications comme Uber bien sûr, Blablacar ou Airbnb. On passe alors de la notation des biens à celles des personnes. On entre en quelque sorte dans une ère de la notation, comme Black Mirror le met en fiction notamment.

Ce type de scénario pose clairement la question de la vie privée à l’heure du tout connecté… Demain, peut-on envisager un monde de transparence totale au détriment de la vie privée ?

L.A:A partir du moment où l’on est présent sur Internet, on laisse des traces, volontaires ou non. Elles disent quelque chose de nous, de notre consommation, de nos activités, mais il ne s’agit que d’une sorte de reflet déformant et déformé.

Une personne ne se résume pas à ses activités sur le net. A titre d’exemple, le like de Facebook est très polysémique : on peut liker une page par simple curiosité, sans forcément adhérer au message qu’elle propage.

Là ou une série comme Black Mirror fonctionne très bien, c’est qu’elle donne à voir un monde qui systématise les travers et menaces de la société contemporaine, sans pour autant donner les armes pour s’en prémunir.

Cette réification des machines, des algorithmes, des robots, surestimés et mythifiés, met bien en lumière l’impuissance de nos contemporains face à ce qui est vu comme la puissance des machines.

Justement : comment intégrer, en amont de leur création, les indispensables questions morales et éthiques concernant de tels réseaux ou services ?

L.A:Plusieurs pistes sont, selon moi, envisageables. D’abord, il faut

  • continuer à veiller à découpler la dimension objective et la dimension subjective de la notation.
  • éviter la centralisation des outillages et des data aux mains de quelques-uns.
  • favoriser le chiffrement des accès et des données pour sécuriser l’encodage de ce qui est transmis via ces applications.

Enfin, il y a une véritable question d’inclusion :

il faut veiller à ne pas modeler ces hiérarchies socio-numérique sur les hiérarchies sociales existantes, faire attention à ce que ces nouveaux usages ne renforcent pas les discriminations existantes, la fracture numérique.

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