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Controverses

Former les futurs décideurs à la décision collective

À l’École des Mines de Paris, il existe depuis une bonne quinzaine d’années un cours de « Description des controverses », élaboré par Bruno Latour, sociologue des sciences et des techniques, un cours de « Controverses environnementales » depuis 1993 et, depuis peu, une option « Affaires publiques et Innovation ».

Ces enseignements partent du constat que les situations de controverse sont extrêmement répandues aujourd’hui : l’ingénieur comme les décideurs y sont confrontés presque quotidiennement.

L’objectif des cours de controverse est d’introduire les élèves à ces sujets qui recèlent beaucoup d’incertitude et requièrent davantage qu’une expertise technique pour être résolus. Derrière ces enseignements se trouve ainsi l’ambition de former le futur ingénieur et décideur à dépasser le seul enjeu technique des controverses et à s’ouvrir à la décision collective.

C’est ce que nous expliquent Madeleine Akrich et Liliana Doganova,du Centre de sociologie des sciences de l’École des Mines de Paris.

Pourquoi un enseignement basé sur les controverses ?

Les controverses sont aujourd’hui de plus en plus importantes et portent sur des technologies souvent complexes qui soulèvent un ensemble de problèmes environnementaux, économiques et techniques.

Ces problèmes sont caractérisés par la présence d’incertitudes fortes. Il ne s’agit pas de situations où l’expert ou le chef d’entreprise connaît la vérité et doit l’expliquer aux parties prenantes, mais de situations où il existe une incertitude sur les effets potentiels des projets, leurs caractéristiques techniques, la manière de les organiser, les modèles économiques à mettre en place, la manière d’associer les parties prenantes.

Ce sont des situations où il ne s’agit plus seulement de communiquer, mais de savoir prendre des décisions de manière collective à travers un ensemble de dispositifs de concertation et de réglementations qui doivent aussi être élaborées de manière conjointe (Liliana Doganova).

Et pourquoi cette nouvelle option « Affaires publiques et Innovation » ?

Les situations d’innovation sont extrêmement intéressantes pour étudier les objets techniques ainsi que les problèmes politiques, parce que ce sont dans ces situations que l’on trouve le plus de controverses.

On entend le concept de politique, d’une part, au sens de réglementation et de politique publique et, d’autre part, au sens des publics tels que les associations, les organisations non gouvernementales et des problèmes.

Et sur le plan pédagogique, les situations d’innovation sont extrêmement intéressantes pour comprendre comment les marchés, les techniques et les publics sont construits.

Il y a donc une position éthique ou une politique forte derrière les cours de controverse ?

Les situations de controverses sous-tendent une question d’éthique par cette idée que tous les acteurs concernés ont leur mot à dire dans la formulation des problèmes et de leur solution.

On aborde souvent les situations de controverse avec l’idée préconçue que les scientifiques vont avoir raison, vont avoir des arguments rationnels, vont être dans le vrai et que les opposants ne vont pas être rationnels, qu’ils vont être dans le faux ou bien vont être dans l’émotionnel. Du coup, on ne peut pas forcément accorder le même crédit à tous les types d’arguments ou, en tout cas, on ne va pas les traiter de la même manière.

Ce que l’on essaie d’apprendre aux élèves, c’est justement que tous les types d’acteurs ont leur mot à dire dans les controverses, dans les situations d’incertitude (LD).

Le concept d’acceptabilité sociale implique souvent, au contraire, de prendre le parti de ceux qui développent un projet et considèrent qu’il faut juste le rendre acceptable. Il ne s’agit pas alors de transformer le projet mais simplement de mieux le communiquer à un public irrationnel.

Les profanes se donnent pourtant aujourd’hui des outils pour qu’on les prenne au sérieux et que l’on cesse de penser qu’ils sont irrationnels. Les opposants dans un certain nombre de projets font aussi appel à des experts, des gens qui sont reconnus. Ou alors ils font eux même de la collecte d’information, de témoignages. Ils vont chercher dans la littérature scientifique de quoi comprendre ce qu’ils observent et comment l’expliquer, être capable de l’utiliser comme un argument (MA).

C’est une autre raison pour laquelle les controverses ne sont pas des situations pathologiques. Elles ont un intérêt, notamment pour la production des connaissances. Les différents types d’acteurs scientifiques ou non scientifiques, experts ou associations qui s’engagent dans l’action participent à la production et à l’accumulation des connaissances (LD).

Vous parlez d’un contexte de plus en plus controversé. Qu’est-ce qui diffère aujourd’hui ?

Il y a eu une prise de conscience progressive, après les Trente Glorieuses, de sérieux inconvénients (c’est le moins que l’on puisse dire) qui accompagnent le « progrès » basé sur le développement technologique.

Pollutions environnementales, scandales sanitaires ont notamment été à la base d’une critique de ce type de développement. Ils ont favorisé l’émergence de groupes concernés, d’associations qui ont commencé à constituer un contre-pouvoir important.

Plus récemment, le développement d’internet notamment et l’élévation du niveau général d’éducation ont accéléré ce mouvement d’appropriation des problèmes par le public.

Jusqu’à récemment l’impact des activités des entreprises sur l’environnement était traité sous la forme d’une externalité.

Aujourd’hui, ces questions sont au cœur des débats. Les entreprises mettent en place des outils qui leur permettent de mesurer mais aussi de diminuer leurs externalités ou, plus précisément, leur impact sur l’environnement. Il y a des réglementations qui sont mises en place pour mettre ces questions environnementales au cœur de l’activité des entreprises.

On ne peut plus considérer aujourd’hui les controverses comme extérieures, ou relevant de l’ordre de l’exceptionnel, de l’accidentel ou du rare conflit pathologique. Elles sont désormais considérées comme des situations porteuses de questions économiques, environnementales, techniques, et où on retrouve un ensemble de parties prenantes qui, toutes, réclament d’être associées aux décisions publiques et avec autant de poids finalement les unes que les autres.

Il n’est plus possible d’assumer d’emblée que seul l’ingénieur, le responsable juridique ou l’expert a forcément la bonne solution qu’il faut expliquer et faire accepter à ceux qui ne comprennent pas.

Il est désormais entendu qu’il doit y avoir un véritable dialogue, une véritable concertation avec les parties prenantes qui ne peut se limiter à un exercice unilatéral de communication (LD).

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 Ethique publique

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Jacque lecomteUne entreprise peut-elle avoir d’autres priorités que faire du profit ? Oui, répond sans hésitation le psychologue Jacques Lecomte.

Dans son dernier ouvrage, Les entreprises humanistes, paru en février 2016, il s’appuie sur de nombreux exemples concrets et études scientifiques pour démontrer que l’humanisme en entreprise est une réalité avec laquelle il faut compter.

Mais au fait, qu’est-ce qu’une entreprise humaniste ?

La réponse de Jacques Lecomte a le mérite de la clarté : c’est une entreprise qui a la réputation de prendre soin de ses salariés, de respecter ses clients et ses fournisseurs, de se soucier de l’environnement et d’avoir un impact positif sur la société.

Ses engagements au service du bien commun la rendent attirante : très sollicitée par les jeunes diplômés, elle peut se permettre de choisir les meilleurs candidats.

Jacques Lecomte esquisse aussi le portrait du patron humaniste, dont les qualités essentielles sont l’humilité et l’écoute : il a pour rôle d’impulser une dynamique à l’ensemble de ses équipes, en donnant l’exemple et en pesant de tout son poids sur l’attitude des managers.

« Dans les différentes entreprises où j’ai enquêté, complète Jacques Lecomte, j’ai souvent constaté que le patron qui s’engageait dans une ou plusieurs de ces directions avait une forte conscience sociale et environnementale, il n’était pas monofocalisé. »

Une autre caractéristique distingue le patron humaniste : sa capacité à s’interroger sur le « pourquoi ». « Il sait remettre en question la finalité de sa société, explique l’auteur.

De plus en plus, les dirigeants parlent de triple performance : le profit, les personnes et la planète. Cette évolution est satisfaisante, mais elle connaît une limite lorsque la responsabilité sociale et environnementale n’est qu’un outil au service du profit. »

C’est l’inverse qui doit prévaloir, insiste l’auteur : le profit doit servir la responsabilité sociale et environnementale.

La sincérité, mesure de la qualité

Dans une entreprise humaniste, la qualité du management se mesure par sa sincérité. La bienveillance, la coopération et l’empathie, ces valeurs qu’on a trop rapidement tendance à taxer de naïves mais qui sont essentielles à un bon manager, procèdent d’un état d’esprit, pour lequel il n’existe pas vraiment de mode d’emploi.

S’appuyant sur une centaine d’études scientifiques et d’études de cas, Jacques Lecomte démontre que les salariés qui savent faire preuve d’empathie donnent le meilleur d’eux-mêmes, et n’ont aucune hésitation à partager leurs infos et à transmettre leurs connaissances.

Par ailleurs, il ne saurait y avoir de management humaniste sans confiance, terreau indispensable à la responsabilité, à l’implication, à la motivation et au sens de l’innovation.

Dans les vraies entreprises humanistes, la communication n’est pas seulement top down, mais elle est également horizontale et bottom-up. Les collaborateurs échangent librement, avec la garantie d’être écoutés.

Mais est-ce compatible avec la rentabilité ?

« L’entreprise humaniste ne devient pas rentable du jour au lendemain, prévient Jacques Lecomte. Le temps va jouer un grand rôle, de même que les critères éthiques qui affecteront sa réputation. »

De toute façon, les générations Y et Z, par leur quête de sens et de partage, obligeront l’entreprise à se transformer en un modèle qui soit à la fois rentable et humaniste. Et de citer le succès de l’entrepreneuriat social à l’appui de cette idée.

Une vision optimiste de l’être humain

Pour nourrir sa réflexion, Jacques Lecomte explique s’être inspiré de trois sources complémentaires : la psychologie positive, le convivialisme et une vision optimiste de l’être humain.

Mais il réfute le pervertissement de la psychologie positive que résume la formule « Rendez vos salariés heureux, ils seront plus productifs » : « Ce discours sous-entend que le salarié est un outil au service de la rentabilité, alors que c’est son bien-être qui doit être une finalité. Quand les objectifs productivistes se dissimulent derrière un management humaniste, cela ne peut produire que démotivation et rancœur ! »

Il ne fait aucun doute que les entreprises humanistes ont une forte capacité à changer le monde, conclut Jacques Lecomte. Dans un bel élan d’optimisme, il donne l’exemple de multinationales engagées dans la réduction de la pauvreté et de la malnutrition, dans la protection de l’environnement ou dans la lutte contre les pandémies qui frappent les pays du Sud.

« Rien ne peut être fait sans espoir », rappelle-t-il, en hommage à Helen Keller, jeune Américaine aveugle et sourde, sortie de son isolement par la force de sa volonté.

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