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Les entreprises veulent cultiver l’agilité mais craignent de naviguer à vue.

Penseurs de la théorie managériale, consultants VIP ou influenceurs du net ne permettent pas d’écrire une feuille de route à trois ou dix ans, mais poussent les dirigeants à se poser les bonnes questions, et à réinventer leurs organisations.

Au sommet de Zermatt, en Suisse, Navi Radjou, théoricien de l’innovation frugale, apportera sa pierre pour « humaniser l’innovation ».

Lorsqu’il vient en France, trois ou quatre fois par an, le Franco-Américain ne manque pas de rencontrer des grands patrons. « En tête-à-tête, pendant 90 minutes ou deux heures, pendant un déjeuner », il voit Carlos Ghosn (Renault), Jean-Louis Chaussade (Suez) ou Michel Giannuzzi (Tarkett).

La méthode ne lui est pas propre. Gilles Babinet, qui fut le premier président du Conseil national du numérique et est aujourd’hui considéré comme un gourou du digital, a aussi pris l’habitude, de s’entretenir avec des dirigeants de grandes entreprises, à la demande de ces derniers, dans la confidentialité de leur bureau.  »

Drucker-Christensen

Peter Drucker demeure au centre de la pensée managériale contemporaine. « Ses théories sont toujours d’actualité, estime  Charles-Edouard Bouée, le PDG du cabinet de conseil en management Roland Berger, lui-même auteur d’ouvrages de référence . Je rappelle d’ailleurs souvent cette pharse à mes clients : « the best way to predict the future is to create it » (la meilleure façon de prévoir le futur est de le créer).

« Les patrons ont des intuitions qu’ils veulent faire valider par un « penseur », explique Navi Radjou. « Ce sont, pour beaucoup, des praticiens. Leur réflexe a souvent été de sous-traiter la pensée de nouvelles idées ; les académiques qui pensent le management et le leadership ont un peu pour eux un rôle de département R & D.

La disruption, le sujet qui occupe aujourd’hui tous les esprits, est théorisée depuis dix ans par un professeur de la Harvard Business School, Clayton M. Christensen. Fondateur du cabinet Innosight, il organise tous les ans, de part et d’autre de l’Atlantique, un « CEO summit ». Cette année, il s’agissait d’aborder les questions liées à l’urgence de la transformation numérique ; les cadres dirigeants de Bayer, Boeing, Ford, Johnson & Johnson, Solvay ou MasterCard s’y sont pressés.

Le vaste Ocean bleu

Gourous, influenceurs, conseillers de l’ombre, éminences grises – les termes, plus ou moins appréciés, varient, tous sont écoutés et consultés. Charles-Edouard Bouée confie avoir été  influencé par les concepts d’innovation disruptive de Clayton Christensen,  et d’open innovation d’Henry Chesbrough. Le lancement, en 2014, par Roland Berger d’un écosystème rassemblant les acteurs du numérique pour accélérer la transformation digitale en est très inspiré, indique-t-il.

Mais les temps évoluent et « les penseurs » n’écrivent bien souvent plus leur bible avant de voir leurs idées être appliquées dans les entreprises » témoigne avec une certaine modestie Navi Radjou. « Le concept d’innovation frugale que j’ai contribué à faire connaître existait déjà avant, notamment chez Renault grâce à l’impulsion de Louis Schweitzer », précise-t-il.

Au demeurant, bien marketée, la théorie peut continuer à faire mouche. Après avoir vendu plus de trois millions et demi d’exemplaires de « Blue Ocean Strategy », Chan Kim et Renee Mauborgne, professeurs à l’Insead, publient la suite: « Blue Ocean Shift », le 26 septembre prochain, avec la promesse de combiner les apports de la psychologie aux outils de création de marché.

Après les dinosaures, les petits mammifères ?

Cependant, aujourd’hui, une seule approche ne peut dominer les autres et « la pensée « englobante » n’apporte plus toutes les réponses », estime Rodolphe Durand, professeur à HEC. Les cabinets de stratégie ont ajouté des « practices » de type digital, impact social, ou chaîne de valeur RSE pour répondre aux questions qui taraudent les dirigeants. « Nous sommes peut-être en train de passer des dinosaures aux petits mammifères », poursuit le directeur académique du centre Society and Organizations, dont les travaux, et notamment ceux de la conférence Finance for Good, suscitent l’intérêt des dirigeants d’entreprise.

Les variables liées à la performance comptable et financière se sont élargies aux dimensions psychologiques ou environnementales de la performance ; et avec l’intelligence artificielle, la réinvention de l’entreprise est en train de passer par un questionnement sur la place de l’homme.

Les patrons aussi

Certains chefs d’entreprise, focalisés sur le « faire », se hissent aussi au rang de «penseurs ». Le classement Thinkers50 a distingué plusieurs d’entre eux, à l’image de Zhang Ruimin (Haier), Paul Polman (Unilever) ou Tony Hsieh (Zappos) qui ont appliqué leur pensée managériale à leur organisation.

Jack Welch – pour qui la rencontre avec Peter Drucker a été déterminante dans sa décision de restructurer GE, et John Chambers, le patron de Cisco System, restent également des références.

Et la Silicon Valley, de Page à Musk, abrite un nid de patrons visionnaires qui ont, au cours des dernières années, nourri le monde de technologies et de nouveaux paradigmes managériaux. Le discours de Steve Jobs, le cofondateur d’Apple, devant les étudiants de l’université de Stanford en 2005, est considéré comme un texte fondateur.

A la manière d’un gourou. Pour Geoffroy de Becdelièvre, patron fondateur de l’agence de voyages Marco Vasco, et membre du jury d’un prochain hackathon du management, à Paris, un déjeuner avec des patrons inspirants « peut faire gagner six mois à un an ; il suffit de poser la bonne question ».

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Au delà du triste bilan humain, l’ouragan Harvey qui a dévasté le « couloir de la chimie » américain est une démonstration à grande échelle de la nécessité d’intégrer le risque climat.

Un risque climat qui frappe aussi aux portes de l’Europe en cette rentrée placée sous le signe du dialogue social et des ODD …

Au delà du triste bilan humain, l’ouragan Harvey qui a dévasté le « couloir de la chimie » américain est une démonstration à grande échelle de la réalité du risque climat – n’en déplaise aux climatosceptiques et au président Trump qui a notifié début août dernier à l’ONU sa décision de sortir des accords de Paris dès que possible, c’est à dire … pas avant novembre 2019.

Après Katrina qui avait frappé en 2005 les populations défavorisées de la Nouvelle-Orléans, c’est en effet les industries pétrolières et chimiques de la côte texane qui ont été désorganisées par Harvey, dont le coût total avoisinerait les 140 Md$ dont 20 Md$ pour les entreprises elles-mêmes, y compris une usine du français Arkema détruite par des explosions.

Ce qui est certain, c’est le peu d’impact dans l’immédiat sur le cours de bourse des entreprises touchées qui ont activé leurs mécanismes de couverture et en raison de craintes de pénuries tirant les prix de vente à la hausse et de spéculation sur les derivatives.

Du pétrole brut et des produits chimiques sont importés d’urgence en Europe par des brokers : une logique de profitabilité à court terme.

De leur côté, les compagnies d’assurance accusent le coup financier, et s’inquiètent de la faiblesse du National Flood Insurance Program (le mécanisme de « Cat’Nat » américain) dont les fonds sont au plus bas depuis Katrina et Sandy, qui paie 400M€ de dollars d’intérêts par an sur sa dette de 25Md$ au trésor américain, et dont l’avenir sera réexaminé cet automne par le congrès. 400 M$ par an qui pourraient être mieux utilisés pour des mesures de prévention des populations et infrastructures, dans un monde qui pourrait bientôt devenir « inassurable » – selon le PDG d’AXA – si la trajectoire 2 degrés n’est pas tenue.

Il est moins certain que les cours de bourse tiennent la route à moyen terme à mesure que les coûts et délais de remise en état opérationnelle seront connus, sans compter les dommages réputationnels et les infrastructures publiques qui devront être reconstruites.

A l’identique ? C’est tout l’enjeu du débat.

Car les « cygnes noirs » – ces événements exceptionnels qui ont une portée dévastatrice et qui sont avant survenance financièrement sous-évalués – reviendront plus nombreux autour du golfe du Mexique et ailleurs : en même temps qu’Harvey survenaient des inondations moins médiatisées mais catastrophiques à Bombay, et qui deviennent chroniques au Népal, Bangladesh, Yémen ou Niger.

Investisseurs et analystes financiers voudront plus que jamais savoir maintenant comment les entreprises mitigeront ces risques dans le futur et le refléter dans leurs évaluations actuelles.

En tous cas les attitudes de déni de la part des entreprises sont de plus en plus attaquées par leurs stakeholders – fait intéressant, souvent sur des bases légales de « fraude » -, comme le pétrolier Exxon mais aussi un assureur australien, et le charbonnier américain Peabody Energy Corp, mis devant la justice avec Exxon, Chevron et Arch Coal par 3 comtés de la côte ouest des Etats-Unis, au motif que leurs émissions de GES ont contribué au réchauffement climatique et que la submersion menace leurs populations côtières.

Et l’Europe ne sera pas épargnée, selon une étude de l’OCDE.

C’est en tous cas le symptôme que le risque climat n’est pas encore vraiment intégré financièrement dans le risque de marché sur les places financières mondiales – et que les recommandations de la Task Force for Financial Disclosure (TCFD) ont encore du chemin à faire (lire nos articles ci-dessous).

Signe des temps cependant, les agences de notation extra-financières – à commencer par l’incontournable Carbon Disclosure Project (CDP) – font évoluer leurs questionnaires pour s’aligner sur la TCFD et pour permettre un meilleur benchmarking sectoriel . Le mouvement est en marche.

C’est une rentrée des classes sous le signe du dialogue pour les entreprises, les investisseurs, et leurs conseils. Dialogue social tout d’abord, avec la réforme par ordonnance du droit du travail français, qui laissera une large place à la négociation plutôt qu’à l’inflation réglementaire – dans l’esprit des lois Auroux de … 1982.

Dans ces discussions, la dimension RSE devra trouver toute sa place car il y va de la crédibilité des pratiques des branches professionnelles et des entreprises vis à vis de leurs salariés et des syndicats.

Dialogue autour des Objectifs de Développement Durable (UN-ODD), autour desquels – au delà de l’inévitable tableau de correspondance entre objectifs RSE – ODD dans les rapports extra-financiers, réflexions et pratiques se développent comme on le verra sans doute au Forum Convergences dès ce lundi 4 septembre qui sera placé sous ce thème pour ses 10 ans, ou de la présentation jeudi 7 septembre du Forum Politique de Haut Niveau sur les ODD par le Comité 21.

Au fond, c’est de plus en plus d’une responsabilité politique de l’entrepreneur dont il s’agit, pour que les acteurs non-étatiques co-construisent leur environnement sans attendre les régulateurs : la durabilité de l’entreprise passe par sa santé économique mais aussi par la façon dont elle opère, et si les 17 Objectifs de développement durable (ODD) sont devenus autant d’enjeux systémiques à l’échelle du monde, ce sont autant d’externalités qui s’accumulent et doivent être traitées dans la co-construction d’un nouvel ordre plutôt que d’être passées en pertes et profil dans les comptes de résultats.

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